« L'HAD est l'une des clés de la médecine de demain »
Longtemps associée à la prise en charge de patients âgés ou dépendants, l'hospitalisation à domicile (HAD) connaît aujourd'hui une profonde évolution. Post chirurgie, traitements intraveineux, soins complexes, accompagnement en soins palliatifs... De plus en plus de situations peuvent désormais être prises en charge directement au domicile du patient.
À Bordeaux, l'HAD Grand Bordeaux s'inscrit dans cette transformation avec une ambition forte, celle de développer une hospitalisation à domicile moderne, pensée à partir des besoins des patients et des professionnels de santé du territoire.
Yann, médecin qui accompagne le développement de l'HAD Grand Bordeaux, nous explique comment ce mode de prise en charge évolue et pourquoi le domicile pourrait occuper une place de plus en plus importante dans la médecine de demain.
Quels patients peuvent aujourd'hui être pris en charge en hospitalisation à domicile ?
Historiquement, l'HAD s'est beaucoup développée auprès de patients âgés et dépendants, qui avaient besoin d'une prise en charge plus médicalisée à domicile. Aujourd'hui, nous allons beaucoup plus loin. L'HAD évolue vers la prise en charge de patients relevant de la médecine, de la chirurgie ou encore de parcours thérapeutiques complexes et cela à différents âges de la vie.
L'idée est simple : dès lors qu'une hospitalisation conventionnelle peut être évitée ou raccourcie tout en garantissant la sécurité du patient, l'HAD peut être envisagée.
L'HAD peut-elle aussi accompagner des patients en fin de vie ?
Oui. L'accompagnement en soins palliatifs fait pleinement partie de l'hospitalisation à domicile. Il peut s'agir d'un accompagnement sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, mais également de patients arrivant dans les tout derniers jours de leur vie et pour lesquels notre rôle est de soulager la douleur, l'agitation ou l'inconfort. L'HAD permet alors, lorsque cela correspond au souhait du patient et que les conditions sont réunies, de rester chez soi tout en bénéficiant d'un niveau de soins comparable à celui qui serait nécessaire à l'hôpital.
Qu'est-ce que l'hospitalisation à domicile change concrètement pour le patient ?
Le premier bénéfice est évidemment de pouvoir être soigné dans son environnement connu.
Des travaux scientifiques, notamment nord-américains, se sont intéressés aux effets de l'hospitalisation à domicile et mettent en avant plusieurs bénéfices potentiels : une moindre perte d'autonomie, une récupération facilitée ou encore une diminution de certaines complications liées à l'hospitalisation conventionnelle. C'est particulièrement important chez les personnes âgées. En effet, lorsqu'un patient présentant des troubles cognitifs quitte brutalement son environnement habituel, ses repères peuvent être fortement perturbés. À domicile, il retrouve ses habitudes, son rythme et son entourage.
L'HAD ne consiste donc pas simplement à déplacer des soins de l'hôpital vers le domicile. Elle permet de replacer le patient dans son environnement de vie.
Et pour les proches et les aidants ?
C'est un sujet essentiel. L'hospitalisation à domicile peut permettre de préserver la cellule familiale. Prenons l'exemple d'un enfant nécessitant des traitements réguliers : lorsqu'il est hospitalisé pendant une longue période, l'un des parents doit souvent rester auprès de lui, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur l'organisation familiale. Pouvoir rester à domicile change énormément de choses. Mais il ne faut pas idéaliser la situation pour autant. L'HAD peut également représenter une charge importante pour les aidants. Notre rôle est donc aussi d'évaluer leur situation et de les accompagner. Les assistantes sociales peuvent intervenir pour identifier les dispositifs et les aides existantes.
Lorsque nous intervenons à domicile, nous sommes invités chez les patients”
Nous devons respecter leur environnement, leur intimité, leurs habitudes et leurs proches. Nous amenons parfois du matériel médical et plusieurs professionnels peuvent intervenir au domicile et cela peut être impressionnant pour une famille. Cette culture du respect du domicile est fondamentale.
Quelle est la particularité de l'HAD Grand Bordeaux ?
Nous avons la chance de créer une nouvelle structure. Nous ne partons donc pas d'une organisation installée depuis 15 ou 20 ans qu'il faudrait entièrement transformer. Nous pouvons directement réfléchir à ce que doit être l'HAD de demain. Cela suppose parfois de déconstruire certaines habitudes ou certaines représentations de l'hospitalisation à domicile, y compris auprès des professionnels de santé.
Notre objectif est de construire une HAD capable de répondre aux évolutions du système de santé et aux attentes de la population dans les prochaines années.
Nous essayons également de concentrer chaque professionnel sur son véritable cœur de métier. Certaines missions logistiques, par exemple, n'ont pas nécessairement vocation à être réalisées par un infirmier ou un aide-soignant lorsqu'elles peuvent être confiées à un partenaire dont c'est le métier.
L'enjeu est de construire une organisation à la fois médicale, efficiente et adaptée au domicile”
L'hospitalisation à domicile peut-elle remplacer complètement l'hôpital ?
Non et ce n'est pas l'objectif. L'hôpital et les cliniques ont permis des progrès médicaux considérables et restent indispensables pour de très nombreuses prises en charge. Mais pendant plusieurs décennies, notre système de santé s'est organisé autour d'un modèle dans lequel le patient devait presque systématiquement se déplacer vers l'établissement.
Aujourd'hui, nous pouvons nous demander si certains soins nécessitent réellement que le patient reste hospitalisé plusieurs jours. Les progrès médicaux, technologiques et organisationnels permettent désormais d'imaginer davantage de soins au domicile.
Il ne s'agit donc pas d'opposer l'hôpital au domicile. Il s'agit de trouver, pour chaque patient, le lieu de soins le plus pertinent au bon moment.
Quelle place l'HAD pourrait-elle prendre demain à Bordeaux ?
Je pense que son rôle va continuer à grandir. L'HAD est encore en pleine évolution et doit continuer à démontrer sa capacité à répondre aux besoins de la population et des professionnels. Mais pour moi, elle constitue l'une des clés de la médecine de demain.
Après de nombreuses années de médecine générale et de visites à domicile, j'en reste convaincu : c'est chez une personne que l'on comprend réellement comment elle vit. À l'hôpital, nous connaissons son dossier médical. À domicile, nous découvrons son environnement, son quotidien, ses contraintes et ses ressources.
C'est aussi cela, l'intérêt de l'hospitalisation à domicile : soigner une personne dans son lieu de vie et pas uniquement prendre en charge une pathologie.